La pandémie que nous vivons oblige à nous questionner sur nos attitudes vis à vis de l’information que nous recevons, autant que celle que nous diffusons à notre niveau.

De manière assez brutale le monde s’est affolé, et nous sommes tous impactés par l’avalanche de discours anxiogènes et d’informations contradictoires que diffusent les médias, les réseaux sociaux et nos messageries. Nous assistons à l’emballement de rumeurs qui flambent puis laissent la place à d’autres rumeurs toutes aussi hallucinantes.

C’est ce caractère hallucinant qui pose problème : aucun de nous n’est à l’abri de s’embarquer émotionnellement dans une rumeur à cause de la fascination qu’elles exercent.

Le cerveau : une machine à trouver du sens

L’organe dont nous sommes le plus fier a émergé au terme de millions d’années d’évolution pour répondre à quelques points fondamentaux pour notre survie :

  • comprendre notre environnement – c’est à dire donner du sens aux informations que je reçois.
  • À partir de cette compréhension, faire des projections, imaginer comment cette situation peut évoluer.
  • Enfin, faire des choix pertinents en fonction de ces paramètres.

Revenons sur « donner du sens » : on peut facilement comprendre comment le cerveau travaille en regardant des formes à priori aléatoires : les nuages, le ciel étoilé, les parasites sur une télé : vous y voyez des monstres, des visages, des alignements, des structures… bref de la cohérence et du sens.

C’est aussi ce qui se passe lorsque les informations que nous recevons n’ont pas ou peu se sens : nous sommes alors incapables de faire des projections, nous nous sentons impuissants et soumis à des forces extérieures que nous ne comprenons pas.

Vuos aevz rsuséi à lrie ce tetxe snas acuun pbormlèe. Vloià puooqrui :

En fait, à chaque fois que la réalité ne semble pas très cohérente, notre cerveau cherche automatiquement à la réorganiser.

Systématiquement des rumeurs surgissent dans des moments de panique, ces moments où les sources « de confiance » (politiques ou médiatiques) ne sont plus en mesure de délivrer une information sûre et encore moins de nous aider à nous projeter[1].

C’est amusant de voir des fantasmagories quand on regarde les nuages, mais ça l’est moins quand cet automatisme induit des croyances et des comportements qui nous déconnectent de la réalité.

Le problème vient que nous acceptons inconsciemment le sens que donne notre cerveau comme une description de la réalité, et ça finit par influencer toutes nos perceptions futures : quand nous croyons quelque chose, notre cerveau essaye en permanence de vérifier cette hypothèse. Si je crois qu’une chose est vraie tout en moi va m’aider à la vérifier.

Si je crois par exemple que je ne peux faire confiance à personne, le filtre de mon cerveau aura tendance à ne retenir de mes interactions avec les autres que ce qui confirme ma croyance.

Il y a là un effet tunnel désastreux : plus je renforce ma croyance, plus je sélectionne les informations qui collent avec mes perspectives, qui viennent elles-mêmes renforcer ma croyance.

De larges groupes de personnes affirment que la terre est plate, qu’Hilary Clinton est à la tête d’un réseau pédophile, ou que les long-courriers répandent des produits toxiques dans leur sillage. Croyez vous que ces personnes soient stupides ?

Non bien sûr. Elles sont les victimes inconscientes de leur cerveau paniqué qui essaie de redonner du sens au monde, le plus souvent en désignant un agent extérieur responsable : un gouvernement de l’ombre, la colère de Dieu, ou une opération d’extra-terrestres.

Comment puis je conserver une attitude consciente dans cette situation ?

Quelques pratiques qui peuvent aider :

  • Apprenez à faire la différence entre une information, et l’expression d’une opinion (je crois que, je pense que) ou une spéculation.
  • Limitez votre consommation d’infos en direct, privilégiez au contraire les articles de fond, les débats de qualité, les synthèses.
  • Choisissez régulièrement d’écouter, de lire ou de regarder des médias différents, éventuellement à l’opposé de vos convictions, et amusez-vous à repérer ce qui vous fait réagir .
  • Croisez et vérifiez les sources !
  • Prenez le temps de la réflexion (une journée) quand vous avez envie de partager une information à haute teneur émotionnelle : vous êtes responsable de l’impact qu’elle peut avoir sur vos contacts.

– ref. Il n’y a pas que la vérité qui compte